Le gel des embauches, vu de l'intérieur

Un appel de septembre

Un directeur comptable nous explique que son entreprise ne recrute plus.

Filiale française d'un groupe étranger, moins de cinquante salariés. Les embauches sont gelées, l'intérim aussi. Le groupe examine trois hypothèses : rattacher la structure à une autre entité, céder l'activité, ou la rapatrier. Aucune n'est tranchée.

C'est une situation très courante, et elle se résume en une phrase à qui appelle : il n'y a rien à faire ici.

Huit minutes plus tard

Dans le même appel, il demande ce que nous voyons passer comme postes de direction financière.

Il n'avait rien préparé. Il ne nous appelait pas, c'est nous qui l'appelions, et pour une tout autre raison.

Ce que ça dit

De l'extérieur, un gel des embauches se lit comme une pause. Un moment où il ne se passe rien, où l'on attend, et où l'on reviendra plus tard.

De l'intérieur, c'est autre chose. C'est une décision qui n'est pas prise, et quelqu'un doit l'expliquer chaque semaine à des équipes qui posent des questions. Ce quelqu'un tient les comptes, prépare les hypothèses de rattachement, chiffre la cession éventuelle, et travaille donc concrètement à un scénario dans lequel son propre poste disparaît.

Celui qui applique le gel est aussi celui qui en sait le plus long sur ce qu'il annonce. Il est rarement le dernier à partir.

Ce que ça change pour un recruteur

C'est un des enseignements les plus utiles de ce métier, et il vaut la peine d'être dit clairement.

Une entreprise qui ne recrute pas reste une entreprise où il y a des gens. Des gens qui regardent ce qui se passe ailleurs, qui anticipent, et qui n'ont aucune envie d'attendre la décision du groupe pour commencer à réfléchir.

Un appel passé à une entreprise gelée n'est donc pas un appel perdu. Il est simplement passé à la mauvaise personne pour le mauvais sujet, et il peut changer d'objet en cours de route si l'on écoute.

Cela suppose une chose : ne pas raccrocher à la première mauvaise nouvelle. La plupart des conversations utiles commencent après le moment où l'interlocuteur a dit qu'il n'y avait rien.

Ce que ça change si vous êtes cette personne

Si vous êtes en train d'appliquer un gel des embauches dans votre entreprise, vous savez déjà tout ce qui précède, et vous n'avez pas besoin qu'on vous l'explique.

La seule chose utile est celle-ci : le bon moment pour parler à quelqu'un de l'extérieur n'est pas le jour où la décision tombe. C'est maintenant, pendant que vous avez encore le choix du calendrier et que vous n'êtes pas en concurrence avec les quinze autres personnes de votre service.

Une conversation n'engage rien. Elle vous donne une lecture du marché sur votre fonction, un ordre de grandeur de rémunération, et le nom de quelqu'un à appeler le jour où ce sera utile.

Où en est cette entreprise

Elle n'a toujours rien décidé.

Pour en parler

HOOK Recrutement intervient sur les fonctions supports et le management, principalement en Île-de-France.

Que vous recrutiez ou que vous soyez en train de regarder ce qui se passe ailleurs, nous vous laissons nous dire quand vous avez un instant pour qu'on échange, en présentiel ou en visio. Les échanges avec les candidats se tiennent souvent en fin de journée.

Marc Chrétien
Fondateur, HOOK Recrutement

Précédent
Précédent

« Je ne peux pas commencer avant 9h15 »

Suivant
Suivant

Un candidat qui doit répéter un rôle n'a pas été présenté au bon poste