Combien coûte un poste non pourvu ?
Une entreprise sait ce que lui coûte un cabinet de recrutement. Elle sait rarement ce que lui coûte le poste qu'elle n'a pas encore pourvu. C'est pourtant le seul des deux montants qui augmente chaque jour.
La méthode ci-dessous est reproductible : vous pouvez la refaire avec vos chiffres, et changer les hypothèses qui ne vous conviennent pas.
Un exemple réel
Un contrôleur de gestion, annonce publiée le 12 juin 2026, rémunération affichée 45 000 € brut annuel. Au 4 septembre, le poste est ouvert depuis 84 jours calendaires, soit 59 jours ouvrés (60 jours ouvrés bruts, moins le 14 juillet ; le 15 août tombe un samedi).
Rémunération cible annoncée : 45 000 €
Coût employeur chargé, plus 42 % : 63 900 €
Coût employeur par jour ouvré, divisé par 218 : 293,12 €
Valeur non produite, hypothèse basse, multipliée par 1,5 : 439,68 €
Perte nette quotidienne, valeur moins coût employeur non supporté : 146,56 €
Coût au 4 septembre, sur 59 jours ouvrés : 8 650 €
Si le poste est pourvu au 31 décembre, soit 82 jours ouvrés de plus, le total atteint 20 650 € sur 141 jours ouvrés.
Ce que ce montant n'est pas
Ce n'est pas une perte comptable. Elle n'apparaît dans aucun compte de résultat. Sur la période, l'entreprise a même économisé le salaire non versé. Ce que le calcul mesure est un coût d'opportunité : la valeur que le poste aurait produite et qu'il n'a pas produite.
C'est la première objection d'un directeur financier, et elle est fondée. La réponse tient en une phrase : un poste qui n'a pas de valeur d'opportunité n'a pas besoin d'être pourvu. Si le recrutement est lancé, c'est que quelqu'un attend quelque chose de ce poste.
Les trois hypothèses, et comment les changer
Charges patronales, plus 42 %. Jusqu'à 45 % avec une prévoyance renforcée, moins sur les bas salaires ouvrant droit aux allègements.
Jours travaillés, 218 par an. C'est la durée de référence du forfait annuel en jours.
Valeur produite, 1,5 fois le coût employeur. La gestion retient couramment 2 à 3 fois sur une fonction de pilotage.
Si vous retenez 2 au lieu de 1,5, la perte quotidienne passe de 147 € à 293 €, et le coût à trois mois double. Nous avons choisi l'hypothèse la plus défavorable à notre propre démonstration.
Ce qui n'est pas compté
les heures supplémentaires absorbées par l'équipe en place,
le coût de correction des erreurs liées à la surcharge,
le risque de départ du collaborateur qui compense la vacance,
le coût de diffusion des annonces successives,
le poste de travail, la mutuelle et les avantages, non inclus dans les 42 %.
Le rapport que ça change
Sur ce même poste à 45 000 €, des honoraires de cabinet représentent 8 100 € à 9 900 €. C'est l'ordre de grandeur de ce que la vacance a déjà coûté au 4 septembre, et moins de la moitié de ce qu'elle coûtera si le poste reste ouvert jusqu'au 31 décembre.
La question n'est donc pas de savoir si un cabinet coûte cher. Elle est de savoir combien de jours il fait gagner.
Questions fréquentes
Pourquoi 42 % de charges patronales ?
C'est l'ordre de grandeur courant pour un cadre du secteur privé en France. Le taux réel varie selon la taille de l'entreprise, la prévoyance et les allègements applicables.
Pourquoi 218 jours ouvrés ?
C'est la durée de référence d'un forfait annuel en jours, hors congés et jours fériés.
Pourquoi multiplier par 1,5 et pas plus ?
Parce qu'un collaborateur produit plus qu'il ne coûte, sinon le poste n'existerait pas. Multiplier par 1,5 est l'hypothèse la plus prudente possible.
Est-ce que cette perte apparaît dans mes comptes ?
Non. C'est un coût d'opportunité, pas une charge comptabilisée. Sur la période, le compte de résultat est même allégé du salaire non versé.
Ce calcul vaut-il pour tous les postes ?
Il vaut pour un poste dont l'absence dégrade réellement l'activité. Il ne vaut pas pour un poste de confort, dont la vacance ne se voit pas.